Blog : La guerre des pubs aura-t-elle lieu?

Cette semaine, Facebook, célèbre agence de diffusion de publicité concurrente de Google, a prévenu qu’il allait bloquer les bloqueurs de pubs par le codage de ses encarts qui les tromperait. De quoi réouvrir une guerre qui n’en finit plus.

Personnellement, cela ne me dérangera pas, puisque je ne suis plus sur Facebook, ni même sur Twitter depuis la fermeture du compte d’Histozic.fr cette semaine, et que Diaspora* fonctionne sans publicité. Par contre, ce qui peut être inquiétant dans cette affaire, c’est que d’autres sites s’inspirent de la démarche pour coder de même leurs publicités. On attend la réplique, évidemment discrète, des trois principaux bloqueurs de pubs/filtreurs du marché que sont AdBlock Plus, Ghostery et µBlock origin (je ne conseille que celui là, qui ne monaye pas son filtrage aux marques). Au passage, je rappelle que sur Android, seul Firefox permet un vrai filtrage des pubs via ce bloqueur.

Si, comme je le crois, les bloqueurs trouveront une parade à l’astuce de Facebook, on s’en va vers une nouvelle offensive des leaders du marché du pourissement du web que sont Facebook et Google. Et ainsi de suite… Mais en lisant un de ces illuminés du libre dont je tairais le nom, je me rappelais cette vieille solution du blocage DNS et de l’utilisation du fichier Hosts. Ah, je viens de perdre un ou deux lecteurs avec cette abréviation qui signifie en français Serveur/Système de Nom de Domaine. Le filtrage consisterait alors à trouver les adresses des serveurs fournissant la publicité et leur interdire de faire passer de l’information sur notre PC. Reste donc à avoir une liste constamment à jour de ces satanées adresses. C’est aussi la même technique utilisée par des dictatures pour empêcher l’accès à des sites internet dans des pays. Localement, cela peut se faire à travers un petit serveur intermédiaire (un mini ordinateur raspberry pi, par exemple), mais on peut aussi envisager de pointer sur un filtre hébergé chez un prestataire, ou encore chez son FAI  (souvenons nous de l’affaire de l’antipub free). Mais le coeur du problème n’est même pas là…

Si les « adbloqueurs » ont eu du succès, c’est par leur simplicité. Presque tout le monde arrive à installer un plugin ( bouton « trois traits » à droite de firefox et « adds ons » sur firefox puis recherche de µblock). Ensuite, il suffit d’un clic pour activer ou désactiver le filtrage. Par contre, installer un filtrage DNS n’est pas encore automatisé de la même manière et c’est bien le problème (en voici quelques exemples). Si on oublie l’achat d’un boitier intermédiaire et sa config, il faut envisager une solution de logiciel/plugin à installer qui irait tripatouiller dans les paramètres Internet Windows/OSX pour réorienter le trafic sur la bonne adresse, avec les dangers que ça peut représenter. Cela ne serait évidemment pas valable dans le cadre d’une grande entreprise fonctionnant avec son propre proxy, à moins que l’entreprise elle même voit un intérêt pour faire diminuer son traffic. Si on part sur un modèle libre, ça signifie que la black list devra être administrée, hébergée par une entité non commerciale (on en a des listes ici ), etc…. Je n’en connais pas des masses …. et en même temps, on en revient pratiquement au problème initial des adbloqueurs, qui eux même peuvent inclure un blocage DNS. (je cite wikipedia  : « Among the host files available, Peter Lowe’s Ad servers list and Malware Domains are also enabled as default. ») Sans parler que politiquement, le filtrage DNS a été accolé un temps aux projets PIPA/SOPA, de sinistre mémoire.

Alors oublions un temps ce combat d’arrière garde sur la technique la plus appropriée. Dans cette affaire, on voit déjà le manque de réalisme de certains acteurs du libre par rapport à l’utilisateur lambda. Il faut savoir mettre la technique à portée des gens. D’autre part, si on voit Facebook réagir sur ce point de manière officielle, c’est qu’il y a un aveu de faiblesse dans ce colosse qu’on enterre trop vite. En effet, les possibilités de croissance de son audience restent plus limitées qu’auparavant, mais toujours bien réels avec l’émergence de nouveaux marchés. Il suffit de voir la progression de Facebook aux USA. Le service plafonnait déjà en 2012. Donc il doit aussi assurer sa rentabilité par la publicité en ne la laissant pas s’éroder aussi. Pour Google, c’est un peu différent car il possède une manne conséquente via les smartphones et les données qu’il en tire. Aussi la guerre de la pub ne concerne pas tous les acteurs du web de la même manière.

La guerre aura lieu, c’est sur, mais c’est autour de la maîtrise des données qu’elle devra, un jour ou l’autre se tourner, tant au niveau des passages physiques (tubes transocéaniques) que de la maîtrise des terminaux, serveurs, noeuds du réseau. Il en va encore plus de la sécurité des usages, même économiquement. Peut-on même imaginer demain qu’un pays pourrait décider de filtrer la pub pour tuer économiquement un adversaire ?


SOURCE @ https://cheziceman.wordpress.com/2016/08/13/blog-la-guerre-des-pubs-aura-t-elle-lieu/